Bruno Berenguel, Directeur de l'OREF
Merci Françoise, bonjour à toutes et à tous. J'ai effectivement la lourde tâche d'animer cette matinée et je compte donc beaucoup sur vous pour le débat que nous allons essayer d'instaurer avec la salle, comme je compte sur nos intervenants que je vais vous présenter.
Cette matinée sera donc dédiée à une réflexion sur les services aux personnes, dans un contexte où l'on réfléchit à la territorialisation, la gestion territoriale des compétences. Avant toute chose, je vais définir rapidement ce que l'on entend par Services à la personne.
Les expressions pour désigner ce secteur d'activité ne sont pas très stabilisées. Parfois on parle d'aide à domicile, parfois de services à la personne…. Donc, on se trouve souvent face à un périmètre d'activité qui fluctue pas mal suivant d'où l'on parle, suivant qui on est… Les services à la personne, à domicile, ça tourne pour une large part autour de l'accompagnement et du service auprès des personnes dépendantes et de la petite enfance, et pour une autre large part autour des activités de confort, des activités qui, on pourrait dire, correspondent à l'externalisation des tâches traditionnellement prises en charge du point de vue domestique.
Le sujet, par rapport au lien avec les territoires ne va pas forcément de soi, sauf que lorsque vous allez entendre Jean-Noël Baillon notamment, vous allez vous rendre compte que ce secteur d'activité, qui est en pleine croissance en région, mais pas uniquement, est aussi un secteur d'activité en voie de structuration. De nombreux indicateurs nous conduisent à penser que ce n'est pas un vrai secteur d'activité comme peuvent l'être des secteurs de l'industrie ou d'autres… du fait des conditions d'emploi, du fait de l'organisation des structures employeuses, ou encore parce que les salariés sont parfois employés directement par les particuliers etc… Et d'une certaine façon, ce besoin de structuration du secteur suscite un rôle important des territoires qui participeront, et on verra de quelle façon, à la structuration et au développement de cette activité porteuse d'emplois.
La matinée devrait être ponctuée par différentes interventions. Tout d'abord, Sandrine Marmeys du Comité de Bassin d'Emploi des Cévennes, présentera un projet du CBE, projet de développement dans lequel la santé et les services aux personnes prennent une place particulière. En réaction à ce premier témoignage, interviendront les représentants des Pays Pyrénées Méditerranée et Corbières Minervois, pour parler des initiatives qui, dans ces territoires, se mettent en place. Nous vous donnerons ensuite la parole pour des demandes de précisions, pour des commentaires, des questions… pour ensuite écouter Jean-Noël Baillon du cabinet Amédis, qui a réactualisé une étude faite il y a quelques années, avec une vision un peu panoramique de ce secteur d'activité de l'aide à domicile et des activités d'aide à domicile en région, du point de vue de la façon dont ce secteur s'organise, des questions qui se posent en termes de formation…, et des perspectives de développement qu'on peut en escompter. Puis nous écouterons Isabelle Sorel du Cabinet SISIFE, qui a produit un gros travail autour du suivi des EDDF - les engagements de développement de la formation-pour aider les entreprises à former leur personnel et tirer les enseignements de cette exploration, en même temps qu'un travail sur le secteur sanitaire et social auquel on aimerait voir des suites quant aux parcours professionnels, aux possibilités de mobilité des salariés de l'aide à domicile qui pourraient voir des perspectives de carrière se dessiner entre ces deux secteurs. Et nous terminerons la matinée par un débat et une synthèse, avec Stéphane Michun, du CEREQ Languedoc-Roussillon.
Sandrine Marmeys, animatrice du CBE Cévennes Lozériennes
Bonjour à tous. Simplement quelques éléments de cadrage par rapport au CBE. Un CBE est une association loi 1901, qui doit avoir un agrément. L'originalité d'une telle structure, c'est d'avoir quatre collèges, avec autour de la table des entreprises, des associations, des élus et des représentants de salariés, ce qui permet d'avoir un large partenariat.
Pourquoi nous sommes nous intéressés à la question de la santé et aux services à la personne ?
En fait, on travaille depuis l'année dernière sur un programme qui s'appelle Emploi et Territoire. Et ce programme doit permettre de travailler sur la construction d'un projet de territoire. Dans le cadre de cette construction de projet de territoire, on a identifié des thématiques prioritaires qu'on a considérées comme des enjeux pour le territoire. Cinq thèmes se sont dégagés pour le moment : l'agriculture, le tourisme, les énergies renouvelables notamment avec le bois-énergie, le logement, le cadre de vie et la santé et les services à la personne.
Au départ, l'entrée était essentiellement la santé, parce qu'on avait identifié une faible population médicale sur le territoire et le maintien de ces professionnels sur place était apparu comme un enjeu pour rendre le territoire attractif. Nous avons dressé un diagnostic territorial sur la santé et sur l'aide à la personne sur ce territoire, qui est très rural, afin d'identifier les problèmes concernant le maintien et éventuellement la dynamisation de ces services sur le territoire.
Une enquête a été effectuée sur le territoire, avec une centaine de questionnaires auprès des usagers, des professionnels, des élus et des personnes ressource de ce domaine là. Ce travail a donné lieu à une restitution générale, puis à des restitutions plus locales au niveau des Communautés de Communes. On travaille sur 5 communautés de Communes, et il paraissait donc intéressant, sur ces territoires découpés et assez cloisonnés, d'avoir un rendu de ce travail de façon très proche des préoccupations des gens, un rendu de proximité.
J'apporterai quelques éléments permettant aussi de comprendre l'organisation santé et services à la personne sur ce territoire où le relief définit vraiment la façon de vivre, avec, le plus souvent, un fonctionnement par vallée. La population locale a tendance à vieillir, même si des flux migratoires permettent d'avoir un renouvellement de la population. Donc, ce territoire reste quand même assez attractif et pour renforcer cette attractivité, c'est vrai que les services à la personne et les services de santé sont importants, précisément pour maintenir cette dynamique. Un autre élément important aussi, en termes de population, c'est le fait que la population est très éparpillée sur le territoire et qu'il y a une densité, j'ai envie de dire, très faible, qui pourrait osciller entre 4 à 12 hab./km². Ceci implique énormément de déplacements, autant pour les usagers que pour les professionnels. Il y a aussi une autre variable à prendre en compte, celle du tourisme. Ce territoire est également attractif en termes touristiques et, du coup, la demande de soins et la demande de services évoluent au cours de l'année, avec une escalade de la demande durant la période estivale notamment.
Voilà pour le cadrage en sachant que le fait que la population soit peu nombreuse et éparpillée, qu'elle soit vieillissante et qu'il y ait aussi une arrivée de nouvelles populations plus jeunes fait apparaître des besoins différents selon ces groupes de personnes… Enfin, je ne veux pas trop en parler aujourd'hui, mais c'est vrai qu'il y a une typologie des besoins qu'on a repérée sur le territoire en fonction des groupes de personnes.
On s'est rendu compte qu'en termes d'organisation, énormément de choses reposaient sur le médecin et que c'était un petit peu une organisation pyramidale, ça n'a pas du tout uneconnotation négative, mais en fait tout tourne autour du médecin, qui travaille avec les infirmières qui, elles, travaillent aussi avec les personnels d'aide à domicile. La plate-forme, c'est vraiment le médecin, qui permet d'organiser le travail sur le territoire, en sachant que sur ce territoire, à l'époque du diagnostic, 7 médecins avaient été identifiés. Si l'on fait un petit calcul, ça fait 0.7 médecin pour 1000 habitants, ce qui nous situe en-dessous de la moyenne régionale et nationale. Au niveau du Languedoc, il y a 1.3 médecin sur la Région. Ces chiffres permettent de voir qu'il y a peu de médecins sur notre territoire et il faut ajouter à cela qu'ils ne sont pas très bien répartis géographiquement. En réalité, il y a vraiment des secteurs sans présence médicale. Les médecins sont souvent en surcharge de travail, et cela se répercute aussi sur les autres services de santé.Le champ d'intervention des infirmières s'élargit du fait de la surcharge de travail des médecins et le champ d'intervention des aides à domicile, s'élargit souvent aussi du fait de la surcharge de travail des infirmières. C'est un petit peu la cascade … et il n'y a pas forcément de lien entre tous ces personnels, ce qui rend l'organisation délicate.
Ca c'est au niveau des médecins. Au niveau des infirmières, à priori, il y a plutôt une bonne couverture sur le territoire.
Concernant les services à la personne, on en a identifié certains, notamment le maintien à domicile, le portage des repas. Ca a été très ciblé et c'est vrai que les élus ont souvent cette entrée personnes âgées par rapport au service à domicile. Quand on a fait la restitution au niveau des Communautés de Communes, on s'est rendu compte que certains services n'avaient pas été identifiés pendant le diagnostic, tout ce qui était petite enfance : garde d'enfants, soutien scolaire, mais aussi le transport, que ce soit pour les personnes âgées mais également pour les plus jeunes. Ce sont des choses qui sont venues un petit peu après coup et dont il va falloir tenir compte. Même si le diagnostic nous a donné des éléments importants pour travailler, c'est vrai qu'il y a une difficulté à bien cadrer les besoins de la population et à les identifier. On a une idée précise par rapport à l'offre de service existant sur le territoire, mais c'est vrai qu'on bute un petit peu sur l'identification des besoins de la population. Donc, là-dessus, on travaille avec les communautés de communes et leurs animateurs pour affiner les données que nous avons, car il nous paraît vraiment essentiel de pouvoir identifier clairement les besoins de la population pour essayer de trouver des réponses adaptées à ces demandes là.
Les points importants qui ont été soulevés lors des restitutions concernent essentiellement le manque de coordination entre le service sanitaire et le service social. C'est vraiment une coordination à optimiser pour arriver à une organisation plus efficace. Et ce manque de coordination est lié aussi à un cloisonnement de ces différents services des différents secteurs d'activité. Donc, là, il y a, comment dire, un effort de partenariat et de concertation à faire entre les différents intervenants dans un souci d'améliorer le service rendu aux usagers.
Je ne voudrais pas oublier que nous sommes aussi là pour parler du système de formation et cela a également été évoqué. Comme le disait Françoise tout à l'heure, on n'est pas du tout dans l'aboutissement de quelque chose. Les Rencontres, au contraire, sont vraiment l'occasion de mettre un focus sur un secteur d'activité et de réfléchir autour de ça.
Les Rencontres, c'est aussi l'occasion pour nous de nous interroger surla question de la formation sur un secteur particulier. C'est vrai que notre rôle c'est de faire la coordination, de l'animation et qu'ouvrir sur la question de la formation, cela nous paraît intéressant. Donc durant les restitutions et durant les enquêtes que nous avons menées, les personnels qui interviennent auprès des personnes à domicile ont fait remonter des besoins de formation et ont parlé de leur situation d'emploi. Ces emplois d'aide à domicile sont souvent caractérisés par une forte précarité, avec peu d'heures de travail, avec aussi un manque de reconnaissance des métiers, des tâches, des fonctions auprès des personnes. Des demandes de formation ont souvent été évoquées, pas forcément en termes techniques, mais souvent d'un point de vue plutôt psychologique, du style comment on aborde une personne en détresse ? Comment on la soutient ? Comment quelqu'un qui est en contact très régulier, voire quotidien avec une personne en détresse peut lui apporter un soutien ? Toutes choses qui ont été émises notamment par les personnes qui sont là pour faire le ménage, tout simplement.
Un autre aspect est lié aux conditions d'exercice de ces professions, c'est le fait qu'elles sont souvent mal rémunérées donc précarité, rémunération faible, pas de reconnaissance du métier et un besoin en formation, des manques ressentis au niveau de la formation et du soutien psychologique.
Là, c'est l'état des lieux. C'est vrai qu'aujourd'hui, on a exposé ces difficultés là sur le territoire. Il reste à faire jouer le partenariat et à faire en sorte que les choses s'organisent davantage.
La rencontre locale au mois d'octobre a été l'occasion de proposer des pistes. Le CBE s'est engagé à affiner l'identification des besoins et proposer éventuellement des pistes aux différents intervenants sur le service à la personne. A notamment été évoquée la possibilité de créer des groupements d'employeurs dans ce domaine là. Donc, ce sont des pistes qui ne sont absolument pas une volonté de créer un groupement d'employeurs, mais d'essayer de mutualiser des moyens humains sur un territoire afin de faire en sorte que les emplois soient moins précaires, que la formation puisse éventuellement se mettre en place plus facilement et de sécuriser les parcours des personnes embauchées sur ce secteur là.
Le chantier est ouvert, ce n'est absolument pas un aboutissement aujourd'hui.
Bruno Berenguel
Merci Sandrine pour avoir été aussi exhaustive et avoir respecté le temps. Je vais me tourner vers Céline Jimenez, qui est chargée de mission au Pays Pyrénées Méditerranée. Pouvez-vous réagir à ce qui vient d'être évoqué sur la faible de l'offre de service dans le territoire, sur les difficultés de bien repérer les besoins qui, même s'il n'y a pas beaucoup de monde, sont très diversifiés. En Pyrénées Méditerranée qu'est-ce que vous entreprenez, y a-t-il des projets ? Où en êtes-vous ?
Céline Jimenez, chargée de mission, Pays Pyrénées Méditerranée
Bonjour à tous. Au niveau du service à la personne, effectivement c'était une action de préfiguration que nous avions identifiée dans le cadre de l'appel à projet emploi et territoires du Fonds Social Européen. On sait que c'est un secteur en plein essor. On sait qu'il correspond à une évolution des modes de vie, à un vieillissement de la population, et donc effectivement, aujourd'hui ce qui est important c'est que nous, en tant que pays, avec l'agrément CBE, nous puissions aujourd'hui jouer un rôle d'animateur de ce secteur sur le territoire.
Nous avions pensé à segmenter le secteur des services à la personne en proposant des actions pour chacun de ces segments et en même temps, au vu de la complexité de ce secteur, c'était inconcevable de pouvoir être aussi exhaustif et pertinent sur tous les domaines. Donc, nous avons fait une proposition qui a été aujourd'hui validée… et nous allons nous positionner en tant que relais territorial sur le service à la personne. C'est-à-dire que nous avons proposé une articulation entre l'Agence Nationale des Services à la Personne représentée à l'échelle départementale par les délégués territoriaux, qui aujourd'hui peuvent s'appuyer sur des relais de proximité de type Pays ou Maisons de l'Emploi.
Aujourd'hui notre projet rejoint ce qui a été évoqué par le CBE des Cévennes, c'est-à-dire le besoin d'identification de ce secteur et également d'une animation.
Nous avons trouvé intéressant de proposer une étude de marché en identifiant l'offre et la demande de services à la personne sur le pays. L'intérêt c'est de pouvoir retranscrire les données statistiques à l'échelle de notre périmètre parce que, souvent, les territoires ruraux sont mal représentés lorsqu'on traite de moyennes régionales, et de compléter cette approche quantitative par une enquête de terrain auprès de quelques prestataires. Parallèlement, il est intéressant de travailler sur la demande. Il s'agit d'interroger un panel de foyers du territoire pour savoir si ils connaissent le dispositif, si en tant que consommateurs, ils sont ou seraient clients de services à la personne, pour identifier leurs besoins. Il y a un intérêt à faire remonter les besoins de la population au niveau local pour savoir si certains secteurs géographiques ne sont pas couverts et savoir si des types de prestations ne sont pas offerts à nos publics.
Il y a donc ce volet là d'intéressant. Le deuxième volet est vraiment d'être au plus près de nos populations, donc de mettre en place une permanence itinérante sur le territoire. Le Pays Pyrénées Méditerranée est constitué d'une zone littorale et du pays de l'intérieur, les dynamiques sont différentes. C'est un territoire large où les temps de déplacement peuvent être important pour aller du littoral jusqu'à l'arrière-pays. On ne pouvait penser à une permanence unique qui ne répondrait pas aux besoins du territoire. Nous avons donc envisagé une permanence itinérante sur les chefs lieux de cantons pour proposer un point relais information et orientation sur les services à la personne. Les publics ciblés sont les consommateurs qui seraient clients de services à la personne, pour avoir une première information, savoir comment ça fonctionne, ce qu'est le CESU ? Qui sont les prestataires ? Les avantages, c'est aussi de promouvoir ces services et participer à la valorisation des métiers. L'intérêt aussi c'était de pouvoir donner une première information aux porteurs de projet et de les orienter vers des organismes compétents.
On envisage également d'accueillir des professionnels s'ils le souhaitent pour aborder les enjeux de professionnalisation, les orienter vers les organismes compétents, les rattacher aussi à d'autres actions portées par le pays en faveur de la GPEC territoriale (Gestion Prévisionnelle des Emplois et Compétences). Cette proposition a été complétée par le souhait d'organiser une manifestation de type assises professionnelles des services de proximité et de promouvoir le CESU auprès des collectivités territoriales. Donc, ce serait une rencontre-débat mais pas uniquement, avec des échanges, prises de contact entre professionnels, avoir une réflexion sur les compétences et les parcours de professionnalisation, le problème de la précarité, du turn-over, des conditions de travail. L'enjeu c'est de pouvoir travailler ensemble sur le devenir d'un secteur et d'un territoire et de trouver de bonnes articulations sur ce secteur pour le structurer parce que ce n'est pas tout de vouloir le développer, mais de le structurer à l'échelle du territoire et des besoins des populations locales.
Donc, c'est ainsi que nous avons abordé la thématique. Ca devrait être mis en œuvre courant 2007.
Bruno Berenguel
D'accord. Plein d'initiatives, du travail de diagnostic, des projets et une initialisation d'un réseau des offreurs de services localement, qui pourraient, en travaillant ensemble améliorer les conditions et le sort des salariés.
Emmanuelle Benson, en Corbières Minervois, il y a une réflexion plus globale sur les services, pouvez-vous nous en parler ?
Emmanuelle Benson, animatrice du Pays Corbières Minervois.
Pour situer d'abord rapidement le territoire du Pays Corbières Minervois, on est situé dans l'Aude, entre Carcassonne et Narbonne, autour de Lézignan-Corbières et on a un territoire assez déséquilibré, comme le pays Pyrénées Méditerranée. C'est-à-dire qu'on a deux communautés de communes qui rassemblent 75% de la population du pays, qui sont des communautés de communes de plaine et on a ensuite 4 communautés de communes qui rassemblent un quart de la population avec parfois des densités de moins de 5 hab./km² comme dans les Cévennes. Donc, à partir de ce territoire, qui a effectivement des dynamiques différentes et qui est irrigué de façon très différente en termes de services, on a souhaité, au niveau du Pays, mettre en place un schéma des services au public, mais de façon très large parce qu'on se disait que, quand on est sur des territoires très ruraux et moins couverts, on a besoin de recouper les différents services.
Du coup, sur le Pays, on a engagé un schéma opérationnel qui comprend tout ce qui est sanitaire et social, tout ce qui est santé, enfance/jeunesse, transport, nouvelles technologies, commerce de proximité…, et là on en est à l'état des lieux. On va avoir un premier rendu la semaine prochaine et on a décidé de partir sur l'offre, c'est-à-dire un état des lieux de l'offre : qu'est-ce qui existe en termes de fourniture de services et comment le territoire est-il couvert ?
Pour nous, derrière, l'idée c'est d'arriver à avoir un regard nouveau sur cette organisation. Il y a des habitudes d'investissement, de regard sur le territoire qui sont à l'échelle de ces communautés de communes qui, en gros, sont calquées sur les cantons qui étaient préexistants. L'intérêt du pays, c'est peut-être de décaler le regard et le zoom, et de voir s'il n'y aurait pas des complémentarités entre différents territoires organisés, qui sont les communautés de communes et peut-être des mutualisations entre territoires et entre services aussi. C'est-à-dire qu'à un moment donné, il faut que l'on arrive à faire ressortir des besoins qui se recoupent. Ce peut être aussi bien sur la question des soins à la personne, mais également de garde d'enfants et peut-être que de là peuvent découler des types d'investissement ou des actions communes complémentaires. Du coup, on n'a pas pour l'instant, un zoom sur le service à la personne en tant que tel. Ce que l'on sait nous, de toute façon, sur le secteur, c'est que ce sont des services qui sont souvent pris en charge par les collectivités, donc directement par les communautés de communes, ce qui entraîne une lourdeur de gestion. C'est-à-dire qu'on est sur des statuts fonction publique ou contractuels et donc les collectivités ont du mal à «'en sortir ». Peut-être que, au regard de l'état des lieux sur les services au public, au regard des axes prioritaires de travail qui seront décidés, au regard de ce que choisiront aussi les élus, on se dit qu'il y a certainement un chantier sur la question du comment on emploie les personnes qui travaillent sur l'aide à domicile et sur l'aide à la personne, avec un gain de souplesse et des parcours un peu plus cohérents.
Des actions de formation ont été entreprises, notamment par l'ASFODEL qui est présente dans la salle et qui pourrait peut-être intervenir sur ce thème là. On discutait tout à l'heure de la question de la formation ouverte et à distance. Là, aussi, quand on parle de schéma de services au public, on prend en compte les nouvelles technologies, avec la couverture haut débit du territoire, mais ce sont aussi les zones d'accès, les espaces publics numériques sur lesquels on peut éventuellement arriver à offrir de la formation à distance. Cela fait partie des champs sur lesquels on peut travailler en tant que territoire et il y a un lien fort à faire avec les organismes de formation et en tout cas ce qu'ils proposent.
Je terminerai en disant qu'on n'a pas souhaité travailler sur les besoins, parce que, souvent, ce n'est pas évident, et c'est même très glissant. C'est-à-dire que dès qu'on demande quels sont les besoins, on en fait émerger, mais quand on met en place le service répondant à ces besoins, il n'est pas forcément utilisé….
Bruno Berenguel
Je vous remercie. Donc, nous allons prendre dix minutes/un quart d'heure pour des questions, des compléments, afin de voir comment ces nouvelles fonctions d'animation des territoires, qui sont relativement nouvelles, peuvent aider à l'amélioration du fonctionnement de ce secteur de l'aide à domicile, des services à la personne.
Là-dessus, est-ce que vous avez des remarques, des questions, par rapport également à la formation : est-ce que c'est vraiment la question centrale du développement de ce secteur et si oui, est-ce que les territoires ont un rôle particulier à y jouer ?
Madame, si vous voulez bien vous présenter pour la prise de note.
Christiane Nicolas-Szklarek, directrice du travail de la Lozère.
Effectivement, on l'a vu en début de présentation, on va très vite se heurter dans les territoires ruraux au problème des moyens financiers. Il n'y a pas de potentialités fiscales au niveau des communautés de communes, il n'y a pas de moyens financiers au niveau des ménages d'utilisateurs des services et il y a très peu d'entreprises. Je pense que l'animation territoriale doit surtout essayer de coupler tous les besoins, les besoins des collectivités territoriales, les besoins des ménages et les besoins des entreprises, et d'utiliser tous les outils et, notamment, le CESU préfinancé, qui peut-être activé par les entreprises pour obtenir des exonérations fiscales. Et à partir de là, lorsqu'on aura les moyens financiers pour répondre aux besoins exprimés, on pourra travailler sur la précarité, le salaire, la formation et la reconnaissance au travers, soit d'une animation territoriale, soit d'un groupement d'employeurs local qui associera ménages, collectivités locales, et entreprises parce qu'aujourd'hui c'est possible.
Sur le problème de manque d'infirmières et demédecins : il y a effectivement des schémas qui doivent être organisés. Et sur les territoires ruraux, je l'ai vu en exemple aussi dans vos documents, il y a l'utilisation, avec l'apport du haut débit, des moyens de visiophonie ou de télémédecine. Il y a des grands projets de télémédecine sur le territoire de la Lozère et très clairement un médecin peut interpréter des radios à distance. Quand il aura effectivement un téléphone satellite, il pourra éventuellement être prévenu si un malade a besoin de lui à 20 km du lieu où il est. Mais les moyens modernes, visiophonie, haut débit, téléphone satellite, c'est aussi un moyen de mieux coordonner les infirmiers, les aides soignantes et le médecin.
Et aussi, dernier point, faire lever les barrières juridiques. Aujourd'hui pour vraiment rendre le service à la personne attractif sur un territoire rural, il faut lever l'exclusivité. Aujourd'hui on est agréé service à la personne si on travaille essentiellement en direction des particuliers. Qu'on me prouve qu'une entreprise peut, sur un territoire rural, ne faire que du service à la personne et donc n'être agréée que pour ça, ce qui lui interdit d'aller chercher du travail auprès des entreprises. Donc, aujourd'hui c'est une des questions qu'on soulève.
Les autres barrières juridiques, c'est les différents espaces, le schéma des zones….je pense par exemple que tout le territoire des Cévennes n'est pas identifié comme en manque de médecins, je veux dire au niveau d'un schéma dont je ne me rappelle pas le nom.
Sandrine Marmeys
C'est vrai que le manque de médecins est très subjectif. J'ai oublié le nom du schéma que vous évoquez. Il y a le temps de déplacement à prendre en compte. Il est vrai que d'une communauté à l'autre, effectivement, il y a un médecin, mais si on met une demi-heure pour aller le voir… Donc, c'est vrai qu'il est difficile de partir de chiffres parce que sur une zone rurale justement c'est quelque chose qu'il faut prendre en compte avec beaucoup de précautions. On est sur des chiffres très petits, donc le pourcentage a une valeur assez relative finalement. En tout cas sur la zone Sud Lozère, je pense que le manque de médecin est vraiment réel, il n'est pas vraiment identifié… enfin, je ne l'ai pas vraiment vu au niveau de ce schéma.
Christiane Nicolas-Szklarek
Je voulais ajouter que nous avons travaillé sur une carte des temps de déplacement et, effectivement, ce peut être intéressant par rapport à l'accès aux services d'avoir ce niveau de détail.
Gilles Rousselet,CFDT
Je veux juste apporter un éclairage d'une expérience de la CFDT pour valoriser le travail des partenaires sociaux. Un accord sur les assistantes maternelles a été signé au niveau national, qui fait qu'aujourd'hui, on dégage du financement pour permettre aux organisations syndicales d'informer les salariés de ce secteur sur leurs droits, leurs devoirs et leurs possibilités.
En région, cette expérience est menée sur le bassin de Montpellier. Il y a une militante CFDT qui consacre un mi-temps à répondre à ces questions là. C'est une expérience qui n'est pas valorisée médiatiquement, ce n'est pas l'objet… ce qu'il est intéressant de retenir de ce qu'elle fait, elle y est maintenant depuis un an et demi, c'est que primo, il y a une forte demande des salariés du secteur à avoir des informations sur leurs droits, parce que visiblement ils en manquent. En particulier, ils sont très sensibles quand on leur donne l'information sur le fait qu'ils ont droit à des congés annuels etc… Ils manquent d'informations là-dessus et pour leur en donner, nous procédons de deux façons : un, on organise des réunions territoriales sur un secteur à partir du bouche à oreille, ce sont des réunions à fort succès, donc en clair, j'invite les CBE à ne pas hésiter à nous inviter à leurs initiatives de réunions et deux, on répond aussi aux demandes individuelles.
Il reste que le constat d'aujourd'hui est à une certaine réticence à ce que cette information circule, réticence des collectivités publiques et des fois des organismes…Pour avoir des résultats, nous avons tout intérêt à travailler tous ensemble pour donner cette information.
Christiane Nicolas-Szklarek
Pour conforter Monsieur Rousselet, j'ai eu connaissance à un moment donné, il y a quelques années, d'une opération en direction des services à la personne sur Marseille, justement pour former les personnes à l'écoute de la souffrance, pour former les employeurs à accepter des assistantes maternelles maghrébines, je ne sais pas si vous avez connaissance de cette expérience, sur laquelle je cherche des informations plus précises. Je crois qu'elle a été menée en collaboration avec des inspecteurs du travail, avec les organisations professionnelles, syndicales et salariales. J'essayerai de vous trouver ces informations pour la prochaine fois.
Béatrice Grimal, directrice d'ASFODEL, organisme de formation à Lézignan
Je voulais faire part de l'expérience de la communauté de communes de Lézignan qui est dans le Pays Corbières Minervois. Les élus ont eu la volonté de beaucoup former leurs aides à domicile, qui au départ étaient aides ménagères. Ils ont fait un gros effort en cette matière. Ils ont formé 120 personnes entre 2004 et 2005, donc 120 agents qui n'étaient pas titularisés mais ont eu la possibilité de l'être par la suite. Elles ont passé un entretien et suivi la formation et il y a eu, je crois, 80% des agents titularisés dans le cadre de l'APA, qui ont maintenant un travail moins précaire avec des heures assurées ce qui les a énormément aidés. Je pense que pour la formation des aides à domicile, c'est vraiment une volonté des élus de faire un gros effort et de travailler en collaboration avec le tissu local formation et fonds de formation.
Sandrine Marmeys
Juste pour compléter par rapport au fait qu'il y ait un leader pour organiser les choses sur le territoire cévenol. Il y a peut-être justement ce manque de volonté politique pour organiser les choses et trouver des complémentarités entre communautés de communes et entre secteurs également.
Donc, on va s'attacher notamment à ça avec les 5 communautés de communes avec lesquelles on travaille. C'est vrai que cette complémentarité territoriale est vraiment délicate à trouver, et que trouver les points d'accroche et les points de travail en commun paraît difficile sur un territoire cloisonné par vallées.
En ce qui concerne la formation, je ne l'ai pas évoqué tout à l'heure, les associations qui interviennent dans le service à la personne, notamment l'ADMR, nous ont informés d'un plan de formation assez important avec un budget assez important. Donc, la formation existe dans ces milieux là. Après, se pose aussi la question de la disponibilité des agents, des questions de déplacement…. Les formations ne sont pas forcément délocalisées sur les différents territoires, ce qui implique une organisation personnelle à trouver pour faire garder ses propres enfants, pour se déplacer, et ça engendre aussi un coût pour les personnes qui ne sont pas forcément pris en charge….. La formation existe à un moment donné, mais il y a un problème d'accès à la formation lié à ces contraintes de déplacement et de mobilité, ce qui donne à penser que la forme de la formation n'est pas forcément adaptée aux situations.
Nathalie Blanchard – Bureau d'études Géronto-clef, spécialisé dans la dépendance et le handicap
Je voudrais revenir sur le cloisonnement entre le sanitaire et le social, qui est fortement préjudiciable à l'accompagnement des personnes âgées dépendantes et sur la nécessité de faire sauter ce cloisonnement. On se heurte à un problème institutionnel qui est qu'aujourd'hui, le médico-social et l'accompagnement des personnes âgées relèvent de la compétence des départements et que le sanitaire relève d'une compétence qui se situe à un niveau régional, les schémas sanitaires étant conçus au niveau régional, ce sont les SROS (Schémas Régionaux d'Organisation Sanitaire). C'est là un problème institutionnel auquel on se heurte partout quand on est dans la réflexion sur le développement de la réponse aux problèmes des personnes sur un territoire donné. Il faut arriver, comme disait madame tout à l'heure, à faire lever ces barrières et obstacles etc…, mais il faut en avoir conscience pour y travailler. Fort heureusement, dans le domaine de la formation, la compétence juridique est au même endroit, c'est-à-dire au Conseil Régional, qui a aujourd'hui compétence à organiser la formation dans le sanitaire et dans le social. Et ça quand même, c'est un atout. Au moins là, il y a une institution unique qui a une approche de l'ensemble de la question. Voilà, je voulais juste apporter cet élément parce que le cloisonnement sanitaire et social est un problème majeur aujourd'hui pour les personnes âgées et dans une moindre mesure pour les personnes handicapées.
Odile Aigon, Région Languedoc-Roussillon
Merci Mme Blanchard d'interpeller la Région. Je suis chargée des formations sanitaires et sociales à la Région et je voulais intervenir sur les aides à domicile et sur la formation des auxiliaires de vie sociale.
Vous savez que dans le cadre du transfert de compétence, nous avons à mettre en place l'ensemble des formations sociales initiales de la Région, nous finançons et nous donnons des bourses aux étudiants et aux élèves qui suivent ces formations. Dans ce cadre là, il y a environ 120 places de diplômes d'Etat d'auxiliaire de vie sociale, 120 places que l'on peut comparer à la cinquantaine ouverte par l'Etat lorsqu'il en avait encore la compétence. Ces places ont été ouvertes par la Région pour qu'il y ait des formations dispensées sur le territoire, au service des bassins d'emploi et je ne suis pas certaine que tout le monde en ait une information bien claire. 84 places supplémentaires ont été mises en circuit l'année dernière, ces 84 places sont à la disposition des bassins d'emploi, à charge pour eux d'avoir des contacts avec les quatre organismes de formation agréés pour les réaliser. Ces 4 organismes de formation, je suppose que vous les connaissez. C'est L'ETS à Marvejols, le CAS à Montpellier, le CEMEA à Palavas et la Rouatière dans l'Aude. Ces quatre organismes de formation irriguent déjà un petit peu le territoire régional mais en plus ils sont tout à fait disposés à délocaliser les formations. Ils ont même été incités à le faire, ce qui fut le cas l'année dernière. Ce sont des formations sociales initiales, c'est-à-dire qu'elles sont réservées à des demandeurs d'emploi. Il n'est pas évident que les personnes qui sont actuellement en demande de formation dans les structures puissent être considérées comme des demandeurs d'emploi et puissent avoir suffisamment de disponibilités pour faire la totalité d'une formation. Cependant, il faut quand même travailler avec ces organismes pour savoir.
D'autre part il y a la VAE. Ces quatre organismes s'occupent de validation des acquis de l'expérience pour le diplôme de DEAVS, qui correspond à une partie des besoins, je suppose qu'il ne correspond pas à tout. Il y a donc la possibilité, ces 4 organismes sont tous agréés pour le faire, de travailler sur la validation des acquis de l'expérience pour les personnes qui sont salariées au sein des structures ou même qui travaillent pour un employeur individuel.
Je voulais préciser également, concernant le schéma des formations sanitaires et sociales, qu'effectivement, il n'est pas encore terminé pour le moment et que, par conséquent, on ne peut pas en parler. Mais on en parlera bientôt.
Bruno Berenguel
Très bien. Jean-Noël Baillon va nous faire part de son travail de ces derniers mois sur le secteur de l'aide à domicile en région. On a entendu tout à l'heure trois territoires qui avaient beaucoup de proximité en termes de réalités locales. Par rapport à l'exposé de la façon dont s'organise le secteur, est-ce qu'on pourrait commencer par se demander si on se trouve vraiment devant des cas particuliers, ou plutôt, emblématiques, de ce qui se passe sur le secteur en région ?
Et ensuite, je vous demanderai d'exposer votre vision de la façon dont se structure ce secteur, de nous parler des enjeux de formation, la formation étant au cœur de la réunion d'aujourd'hui, et peut-être d'aller jusqu'à brosser les perspectives de développement. On est dans une phase de croissance, est-ce que ça va se ralentir ou est-on toujours dans des perspectives positives ?
Jean-Noël Baillon, cabinet AMEDIS Consultants
Je vais tenter de répondre pour le mieux. Alors d'abord premier point. Chaque territoire a ses spécificités et ce qui le caractérise. Et ce qu'on peut dire d'abord par rapport à la question des emplois dans l'aide à domicile, (je reviens après sur la définition et sur ce dont parle), ce qu'on a appelé pendant un temps les emplois de proximité, les emplois de service à domicile, les emplois de service aux personnes, les emplois familiaux (ces différents mots ont été utilisés), ce qui les caractérise en tout cas, c'est que c'est d'abord un service de proximité, puisqu'on va chez les gens pour leur apporter un service. Et donc, dans les analyses que nous avons essayé de construire dans nos travaux sur ce secteur dans la Région, ce qui nous paraît intéressant, si l'on veut regarder les choses de manière juste et adaptée à la réalité de ce dont on parle, le bon niveau territorial d'observation devrait être ce qu'on appelle le bassin de vie, c'est-à-dire l'espace territorial où chacun va pouvoir trouver les services de proximité dont il a besoin dans sa vie quotidienne. C'est vraiment, effectivement à un échelon bien infradépartemental que peut s'organiser au mieux l'observation de ce secteur d'activité et non seulement l'observation du secteur d'activité mais aussi son organisation générale. D'ailleurs à l'intérieur des organismes qui proposent des prestations de service à domicile, bien souvent, l'organisation générale même du travail s'appuie sur des cadres intermédiaires, des responsables de secteur qui sont eux aussi positionnés sur la mise en œuvre du service à un niveau territorial de proximité, infradépartemental, le plus pertinent possible par rapport à l'organisation effectivement géographique du territoire lui-même.
Voilà quelques réflexions par rapport au lien entre ce secteur d'activité et la question du territoire. Je crois que c'est vraiment un lien extrêmement important. En plus, on voit aussi que les choses se développent et se structurent souvent à partir d'initiatives qui viennent du niveau local en fonction des réalités, mais aussi de l'organisation même des territoires, de qui peut le plus être à l'initiative.
On a vu, par exemple, que dans l'Aude, cela a été très souvent d'abord les collectivités territoriales qui ont été à l'initiative de la mise en place des services sur les territoires, alors qu'en Lozère ça a été justement plus des initiatives associatives avec au départ de grands réseaux, celui de l'ADMR et celui de Présence Rurale qui donc, en fonction des partenariats existants au niveau local vont développer, construire et organiser une offre de service adaptée. C'est vraiment toujours en fonction de ces réalités territoriales que les choses se définissent et se mettent en place.
Ceci dit, je reviens un petit peu plus précisément sur l'étude qui nous a été confiée. Nous avions déjà mené dans le passé d'autres études sur le même sujet avec l'équipe d'AMEDIS, déjà du temps du précédent observatoire régional de l'emploi, de la formation et des qualifications, puis pour la Direction Régionale du Travail. Dans ces premières études, nous étions plus dans l'une sur une analyse des enjeux de professionnalisation et dans l'autre, sur un état des lieux du secteur. Ca se passait autour de l'année 2000.
Aujourd'hui, on a répondu à une commande plus globale, plus complexe, qui nous est venue par l'Observatoire Régional de l'Emploi et de la Formation mais en partenariat avec le Conseil Régional dans le cadre justement de la préparation des Schémas Régionaux des Formations Sanitaires et Sociales et de la Direction Régionale du Travail. On rassemble cette fois les différents domaines sur lesquels on avait mené nos investigations précédemment. L'étude comporte donc trois volets.
Un premier volet sur l'état des lieux du secteur. Qu'est-ce qu'il est aujourd'hui ? Qui fait quoi ? Quelle est l'offre de service existant au niveau de notre région et comment elle se met en œuvre.
Le deuxième volet, traite les enjeux de professionnalisation du secteur et le troisième les perspectives de développement.
Je crois que c'est important, au-delà des premières remarques qu'on a pu faire sur l'aspect très infradépartemental de l'organisation de dresser les caractéristiquesrégionales de l'offre de service dans notre région et de ses spécificités. Pour simplifier les choses, d'abord rappeler que derrière les mots qu'ont utilise pour définir le secteur, on se heurte parfois à des complexités, à des ambiguïtés parce que dans les appareillages statistiques existant au niveau national, le service à la personne va recouvrir effectivement ce qu'on peut appeler les activités domestiques, mais va couvrir aussi le coiffeur, l'esthétique, enfin toute une série de services qui ne sont pas du tout, enfin ou pas nécessairement des services rendus à domicile.
Donc, services à la personne, service à domicile, celui qui vient vous livrer vos meubles, ou qui vient faire votre déménagement, c'est aussi un service à domicile, donc on est un peu coincé à travers tout ça…
En fait, ce qui va surtout aider à délimiter le champ sur lequel on travaille aujourd'hui c'est en fait ce qui a été mis en place au niveau réglementaire et notamment en matière de droit du travail au fil des différentes étapes, à travers les différents programmes pour appuyer le développement des services aux personnes à domicile. Et dans ces programmes, il y avait eu justement les emplois familiaux, avec enfin la définition d'un certain nombre de services alors concernés. Et aujourd'hui avec la loi Borloo, on a une redéfinition du champ des activités relevant de ce secteur réglementéde manière spécifique qui donc va, je suppose, être assez clairement connu par tout le monde. On peut distinguer ce qui relève je dirai de la partie un peu sociale des services aux personnes à domicile, donc tout ce qui est autour de l'aide aux personnes âgées, aux personnes dépendantes, la garde des très jeunes enfants, des enfants de moins 3 ans etc… tout cela dans le domaine de l'intervention sociale, et d'autre part ce qu'on pourrait appeler les services de confort, les services domestiques, dans lesquels on va trouver du ménage, le petit jardinage, le petit bricolage, enfin toute une série d'activités, aujourd'hui clairement définies.
L'objet de notre étude a été ce qui est aujourd'hui redéfini dans le cadre de la loi sur le développement des services à la personne la loi s'appelle ainsi même si j'ai souligné les ambiguïtés de cette appellation. C'est une activité, c'est un type de service qui se développe à travers soit de l'emploi direct par le particulier, c'est-à-dire tout un chacun qui peut employer quelqu'un chez soi pour faire le ménage, le repassage, les petits bricolages, ou pour garder les enfants à domicile ou pour venir aider à la vie quotidienne d'une personne dépendante.
C'est la première voie, c'est l'emploi direct par le particulier.
La deuxième voie, c'est de faire appel à une société de service… La plupart du temps ce sont des associations mais pas obligatoirement, qui vont offrir, vendre des prestations de service à domicile.
C'est là le deuxième grand volet. Il y a enfin une forme d'emploi qui est un petit peu intermédiaire parce qu'être l'employeur direct d'une personne à domicile, ça suppose des formalités administratives, de déclarations etc… qui ont certes été simplifiées à travers les dispositifs de type chèque emploi service, mais il y a aussi la possibilité de demander à un organisme, qui à ce moment là va être notre mandataire, de s'occuper de toute la partie administrative de l'emploi. Donc, on a dans ce cas là affaire à un organisme agréé, (il doit être agréé pour pouvoir rendre ce service), qui va gérer pour le compte du particulier la relation d'employeur. C'est ce qu'on appelle le service mandataire.
Pour simplifier, soit on est l'employeur direct, soit on va passer par un organisme qui va être soit un organisme prestataire, soit un organisme mandataire.
J'insiste un petit peu là-dessus, parce que c'est autour de cela qu'il y a une forte spécificité dans notre région. Si l'on regarde les chiffres au niveau national de l'emploi, le nombre d'heures qui ont été ventilées au niveau national dans les différentes formes d'emploi, l'emploi direct au niveau national représente 65% quand on ne passe pas par les organismes mandataires. 13% par le biais des organismes mandataires (13% du volume total des heures de service). Et l'emploi par le biais d'un organisme prestataire représente au niveau national grosso-modo 22% des heures de service. Alors que dans notre région, si je reprends dans le même ordre, l'emploi direct par le particulier c'est 41%, s'il passe par un organisme mandataire, ça va être 13%, donc au total l'emploi direct représente 54% et l'emploi par des organismes prestataires représente 46% du total des heures effectuées en région.
C'est donc vraiment une spécificité. Et certains ce sont interrogés, mais est-ce que ça ne signifie pas qu'en réalité, il y a toute une part d'activités qui se fait dans le travail au noir ici plus qu'ailleurs. Ce serait cela qui fait que dans notre région il y a beaucoup plus d'organismes agréés qui servent à délivrer les heures de service, l'emploi direct étant davantage non déclaré. Je suppose pourtant que l'emploi non déclaré ça existe ailleurs aussi, mais on a regardé les chiffres de plus près ; en tout cas, à partir du total des heures et de ce que cela représente en nombre d'heures par ménage dans notre région. Les heures totales qui sont déclarées, officielles, celles qui ne sont pas au noir, représentent 12.6 heures par habitant et par an dans notre région alors que les heures délivrées au niveau national ne représentent en réalité que 10.7 heures par habitant et par an. S'il y a du travail au noir en tout cas cela ne diminue pas le nombre d'heures déclarées par habitant dans notre région. Et donc je pense qu'on a donc raison de souligner sans rougir cette spécificité de la répartition des formes d'organisation de l'aide à domicile dans notre région.
L'effet important de cette spécificité de notre région, c'est que tout le travail qui a pu être entrepris et là peut-être qu'Isabelle pourra en donner un peu plus de détails, les actions pour accompagner les efforts de formation des salariés dans les organismes, ont un impact important parce que ça va concerner 46% des heures de service effectuées dans notre région, alors que le même effort au niveau national ne va toucher que 22%.
Je souligne le fait que le travail sur la formation des salariés est plus facile à organiser sur un territoire quand on a affaire à un employeur pour beaucoup de salariés, donc quand on a affaire à des organismes employeurs qui ont effectivement une structuration d'entreprise. Ca ne veut pas dire que quand c'est le particulier qui est lui-même directement employeur, il n'y a pas de possibilité de formation. Au contraire, la fédération des employeurs de personnels à domicile a fait de nombreux efforts pour arriver à dégager des modalités d'offres de formation et de congé de formation pour les salariés du particulier. Mais ces efforts quand même beaucoup plus difficiles à mettre en œuvre quand on a affaire à plusieurs employeurs pour le même salarié : en moyenne le salarié du particulier employeur a, deux, trois, quatre employeurs différents, et organiser son absence pour partir en formation à travers cette multiplicité d'employeurs est quelque chose d'assez compliqué.
Pour donner une idée plus précise du volume d'activité et d'emplois que cela représente, quelques chiffres. Ce secteur d'activité représente globalement, en prenant la totalité des différentes formes d'emploi, plus de 30 millions d'heures de service donné dans notre région.
Cela concerne au total environ 60.000-65.000 salariés… Je suis un peu imprécis là-dessus parce que c'est difficile de repérer quels sont ceux qui ont plusieurs activités sous différents types de statuts. Donc, on dira autour de 60.000 personnes travaillent dans ce secteur et cela représente en tout cas, plus de 20.000 équivalents temps plein.
Cela donne la dimension de la chose, mais 60.000 personnes, 20.000 équivalents temps plein, ça veut dire que les gens travaillent grosso-modo un tiers de temps en moyenne quand ils sont dans ce secteur d'activité. C'est là une des questions importantes quand on parle de professionnalisation pour ce secteur d'activité. On n'a pas d'information statistique, ni au niveau local, ni au niveau national, sur le contenu réel de l'activité, lorsque c'est le particulier qui est directement l'employeur de l'intervenant à domicile. Il n'y a pas de source de données pour l'instant à ce sujet. Ce qu'il faut, c'est faire une enquête directe auprès des employeurs ou des salariés pour arriver à le savoir, mais il n'y a pas de données fiables là-dessus à ce jour. Par contre, quand on regarde tout ce qui passe par les organismes agréés, là, on a une idée beaucoup plus précise et pour l'instant, dans notre région, quand même le ménage représente grosso-modo 48% de l'activité des organismes agréés. L'assistance aux personnes âgées, aux personnes dépendantes, représente à peu près 46%, donc vraiment on est massivement là-dessus. Le soutien scolaire, la garde d'enfants ou autres tâches se partagent le reste, c'est-à-dire se partagent à peu près 5-6% du total des heures de service qui sont disponibles dans notre région.
Les organismes agréés sont majoritairement du secteur associatif, c'est ce qui domine le plus dans notre région, mais on y a aussi une part importante d'organismes du secteur public, en particulier dans le département de l'Aude : c'est un département où il y a un peu plus de la moitié des heures qui sont délivrées par des collectivités territoriales. Il y a aussi un nombre non négligeable d'entreprises du secteur marchand qui sont présentes mais qui pour l'instant ne représentent que 2 à 3% du total des heures qui sont délivrées aujourd'hui. Mais, l'effet du dernier plan de développement des services est important sur ce secteur là de l'offre de service puisque de nombreuses entreprises se développent ou se créent dans le secteur des services aux personnes à domicile. Elles se positionnent notamment sur les activités nouvelles, mais aussi certaines cherchent à pouvoir se positionner aussi sur ce qui relève de l'agrément qualité, c'est-à-dire tout ce qui est services aux personnes fragiles, aux personnes âgées, aux personnes dépendantes.
Alors pour ce qui est des enjeux de professionnalisation. Je crois qu'il y a des choses extrêmement importantes. D'abord, ce qu'il faut rappeler et c'est particulièrement vrai dans ce secteur, parler de professionnalisation d'un secteur d'activité ce n'est pas seulement parler de formation. La question de la formation et de la qualification du personnel, est quelque chose d'important effectivement, mais il s'agit aussi de parler de conditions de travail, de niveau de rémunération ; de parler aussi, et cela a été beaucoup dit dans les rencontres que nous avons eues au niveau local, de la reconnaissance de l'emploi, de la reconnaissance du service, donc de la reconnaissance du contenu même de l'activité qui est proposée. Par rapport à ces questions globalement de professionnalisation, les efforts aujourd'hui se développent dans deux grands domaines.
C'est d'abord pour tout ce qui concerne la formation. C'est là un effort qui est entrepris depuis un certain nombre d'années et notamment sous l'impulsion des conseils généraux qui sont soucieux de la qualité du service rendu aux personnes âgée autour de l'APA et maintenant aussi autour des personnes handicapées. Il y a une forte pression pour que les choses se fassent dans ce domaine là. Et l'évolution même de l'organisation de la formation, des diplômes, la mise en place du DEAVS, tout cela a apporté des moyens pour que l'effort de formation puisse exister. En parallèle sur le plan des moyens matériels, c'est le fonds de modernisation de l'aide à domicile qui a apporté des moyens pour organiser plus globalement le développement de la formation et la qualification des personnes.
Mais à côté de cet effort là, le deuxième grand effort de professionnalisation, et pour lequel on n'est pas encore suffisamment avancé, c'est tout ce qui tourne autour de l'organisation du travail et de la structuration des entreprises, la formation de l'encadrement, et le développement aussi des collaborations entre organismes pour aller vers parfois la mutualisation de moyens etc… Il y a des choses intéressantes qui se passent actuellement en Lozère sur ce registre là… petit territoire par le nombre d'habitants, il n'y a que cinq organismes, ils ne peuvent plus se considérer comme des concurrents, il faut arriver à trouver des modalités de travail en commun pour améliorer et développer les partenariats pour pouvoir offrir des emplois de qualité aux salariés intervenant dans ce domaine là.
Je reviens sur la question de la formation. Le premier domaine qui a été fortement développé a été l'accès à la qualification et aux diplômes. Aujourd'hui la demande des employeurs n'est plus forcément celle-ci, et on l'a entendu y compris par des salariés. La demande porte plutôt sur des modules de formation vraiment adaptés aux difficultés rencontrées dans l'exercice du métier au quotidien.
Donc, au niveau des besoins en formation continue des salariés, il y a cela d'abord. Et au niveau des besoins en termes de recrutement, le problème est aussi que les diplômes ont des incidences financières non négligeables dans la grille salariale du secteur d'activité. Le souci premier des employeurs aujourd'hui est plutôt de rechercher des personnes qui ont au moins des pré-requis professionnels adaptés, reconnus, en tout cas, consolidés par les premiers modules de formation qui pourront ensuite permettre d'avancer vers la qualification et l'accès aux diplômes par la formation continue ou par la VAE.
Perspectives de développement. Je crois que dans ce registre là, ce que l'on soulignera comme points forts de notre région c'est d'abord sa situation démographique : dans les dix ans qui viennent, les effets de cet accroissement des mouvements démographiques vont continuer à assurer le développement de ce qui a été le cœur d'activité jusqu'à présent du secteur autour de, je dirai, du volet social de l'intervention à domicile.
A côté de cela, l'évolution même de l'apport démographique peut permettre d'assurer aussi le développement des nouvelles activités qu'on pourrait appeler plus des activités de confort ou de conciliation entre la vie familiale et la vie professionnelle qui correspondent assez bien quand même à un certain nombre de caractéristiques des nouveaux arrivants dans notre région.
Il y a donc là, un potentiel de développement important pour lequel les organismes agréés ne sont pas tous positionnés : certains font le choix de rester très strictement dans le secteur social de l'aide à domicile ; mais d'autres développent en parallèle des services complémentaires autour des nouvelles activités agréées dans le service aux personnes.
Voilà, j'ai fais un petit tour d'horizon, un petit peu sommaire quand même, de tout ce qu'on a exploré. L'étude qui nous a été commandée sera présentée en comité de pilotage mardi prochain. On est donc vraiment en bout de course de ce travail qui devrait donner lieu à une publication de l'OREF probablement d'ici la fin de l'année ou le début de 2007, donc ce sera rendu accessible à tout le monde.
Bruno Berenguel
Merci d'avoir été concis et de nous avoir livré des éléments un peu en avant-première. Alors, Isabelle Sorel, par rapport à tout ce que vient d'évoquer Jean-Noël Baillon, comment cela fait-il écho avec vos réflexions et travaux conduits dans le cadre de l'EDDF notamment ?.
Isabelle Sorel, SISIFE
Je serai un tout petit peu, (juste pour prendre la suite de ce que vient de dire Jean-Noël,) moins optimiste que lui parce que si effectivement le vieillissement des populations peut permettre une perspective de développement des métiers de l'aide à la personne, malheureusement, il faut constater aussi que les populations qui servent ces publics vieillissent également D'autre part, il faut rappeler que sur certains emplois, dans notre région, on a entre 25% et 50% de personnel qualifié qui vont partir à la retraite dans moins de dix ans. Donc, il y a quand même là une préoccupation qui, à mon avis, a été sous-estimée et on est dans une situation sur certains emplois qui est quasi-catastrophique.
Néanmoins, ça n'empêche qu'on peut continuer à former tous ceux qui ne vont pas partir à la retraite l'année prochaine et c'est dans ce cadre là que depuis 2001-2002, la Direction Régionale de l'Emploi et de la Formation Professionnelle a sollicité les associations d'employeurs, principalement de l'aide à domicile, pour travailler tous ensemble, à l'élaboration de ce qu'on appelait récemment encore un Engagement de Développement de la Formation Professionnelle.
Alors, pourquoi a-t-on démarré en 2001 et en 2002 alors même que les premières actions de formation n'ont été programmées que sur 2003 ? Eh bien tout simplement (et c'est en lien avec ce qu'ont dit les personnes qui sont intervenues sur les territoires et ce qu'a dit Jean-Noël,) l'idée était vraiment de partir de ce qui était fait réellement et non pas forcément des besoins des bénéficiaires, et là je rejoins tout à fait ce que vous avez dit : « on ne va pas aller à la rencontre ou solliciter des besoins alors même qu'ensuite les services mis en lien avec ces besoins ne vont pas être utilisés. »
Donc, là on est parti sur la recherche de ce que faisaient réellement les intervenantes à domicile, de quelles étaient les problématiques qu'elles rencontraient…, sur quels champs, est-ce que c'était uniquement sur le champ des techniques, est-ce que c'était sur le champ de l'accompagnement psychologique des personnes chez qui elles intervenaient ? On a donc fait une étude très importante sur les besoins de ces salariés principalement dans les organismes mandataires et prestataires puisque bien entendu on ne pouvait pas aller enquêter au niveau de l'emploi direct. En 2002 par exemple, sur le département du Gard, 160 intervenantes à domicile ont été entendues,, pas tout à fait, je pense qu'il y en avait 140 environ et une vingtaine de directions de structures et de responsables de secteur.
Le responsable de secteur dans l'aide à domicile, je pense que tout le monde le sait, mais je le rappelle, c'est quelqu'un qui a un rôle pivot, fondamental, à la fois stratégique, de coordination, de management, de soutien psychologique et moral des intervenantes… si ce poste n'existait pas, on ne sait pas comment l'aide à domicile pourrait fonctionner. A partir du recensement de tous ces besoins en matière de formation. Les organisations d'employeurs, les organisations syndicales, les organismes de formation bien entendu, ont proposé un travail de constitution de modules de formation.
Il y a deux grands volets sur ces modules de formation. Un volet qui concerneexclusivement les intervenants à domicile et un volet qui concerne les personnels d'encadrement et les personnels administratifs. Sur les personnels d'intervenantes, dans notre région (est-ce que c'est un bien, est-ce que c'est une difficulté ? On s'aperçoit des limites et Jean-Noël vient de l'évoquer), deux grands diplômes ou accès à la qualification diplômante ont été choisis : l'ADV (Assistante De Vie) qui est un titre du Ministère du travail et puis le DEAVS (ancien CAFAD). Ces deux diplômes s'obtiennent par modules. La difficulté c'est que, bien que ces diplômes soient de niveau V, ce sont des diplômes qui ne sont absolument pas évidents à obtenir. Ca veut dire qu'il faut avoir une bonne, on va dire même une très bonne maîtrise des savoirs de base : lire, écrire, s'exprimer, être en capacité de transmettre une information claire, d'assimiler une information, une consigne claire, et ça n'est déjà pas évident pour toutes les intervenantes à domicile. On peut imaginer que pendant 4 à 5 ans, la totalité des acteurs s'est mobilisée pour amener les intervenants qui étaient les plus éloignés des savoirs de base à monter en puissance dans l'acquisition de ces savoirs de base on ne va pas dire que c'est un échec total, on va dire que c'est un échec à 80%.C'est quand même très dommage, parce qu'effectivement ça veut dire qu'on a un pan de notre population d' intervenantes à domicile qui n'a pas été en mesure d'accéder à la formation qualifiante, donc bien entendu à une rémunération plus importante par le fait de pouvoir être proposées àr plusieurs types d'employeurs. Alors pourquoi l'ADV et pourquoi le DEAVS ? Les territoires ne sontpas couverts de façon homogène par l'ADV et par le DEAVS. Les deux diplômes ont été sollicités à part inégale et en fonction de la couverture par les OF principalement et en fonction aussi des niveaux de départ des intervenantes. Néanmoins on peut dire que le DEAVS a eu un succès fou, fabuleux. Vous donner des chiffres, je ne suis pas venue avec,mais je vois que Jean-Noël a tous les chiffres, je n'ai pas les chiffres exacts et puis c'est difficile à dire combien il y a eu de DEAVS en 2003, en 2004 et 2005 dans la mesure où il y a eu un très fort engouement au départ et puis porté par leurs responsables de secteurs, justement un nombre important d'intervenantes ont voulu se lancer principalement dans la Validation des Acquis de l'Expérience pour ces diplômes, et n'ont pas forcément obtenu la validation de tous les modules du diplôme dès la première année.
La limite, vous l'avez évoquée, Jean-Noël, la limite c'est le trop de qualification parce que si les organisations employeurs ont du mal à travailler ensemble pour aller négocier par exemple leur prix auprès des Conseils Généraux, néanmoins, elles appliquent les accords de branches. Cela veut dire que quand quelqu'un est qualifié, eh bien il faut le rémunérer. Et là, il y a parfois un différentiel entre la recette de l'heure de travail apportée par les Conseils Généraux par exemple et puis le coût du salarié. Par exemple dans les PO et dans le Gard, deux associations d'aide à domicile ont été en très grande difficulté et ont même fini par fermer leur porte à cause de ce différentiel. Donc vous voyez, c'était la rançon de l'engouement à la formation.
Cette première partie concernait la formation pour les intervenantes à domicile.
Le deuxième grand volet de l'aide à domicile, concerne la formation administrative, comptable, secrétariat, accueil. Surtout aussi la formation des directions à la négociation avec justement les financeurs et puis la formationdes responsables de secteur. Les associations d'employeurs ont travaillé avec notre cabinet à l'élaboration de modules de formation. Ces modules ont fait l'objet d'appels d'offre auprès d'organismes de formation et donc certains organismes ont été retenus pour mettre en place des formations, par exemple de responsable de secteur. Là encore, la difficulté a été, et toutes les difficultés que j'évoque, vous les avez déjà citées, concernent principalement les responsables de secteur… d'abord, il n'y en a qu'une, (je dis une parce que c'est un métier féminin à 98%…) responsable de secteur généralement par association. Cela veut dire que quand il faut qu'elle parte en formation eh bien, il n'y a plus grand monde pour faire la coordination.
J'insistais au départ sur le rôle pivot de ces responsables de secteur… Eh bien on a eu beaucoup de difficultés à les mobiliser sur des modules de formations relativement longs : 10-12 jours, pas d'affilée bien entendu. On avait fait 3 fois 4 jours. Ca n'allait pas, c'était trop difficile, on a donc re-séparé ces modules pour en faire deux/trois modules de deux jours, et même là on s'est aperçu que les responsables de secteur avaient du mal à se mobiliser sur ces formations. Néanmoins et parallèlement, les organisations employeurs ont mis en œuvre avec leurs organismes paritaires des actions de formation spécifiques aux responsables de secteur et là encore elles ont pu en bénéficier.
On voit bien que les limites de la formation et là je rejoins tout à fait ce que disait Jean-Noël, ou les limites de la professionnalisation du secteur, ce n'est effectivement pas forcément la formation, c'est tout ce qui entoure la formation. C'est l'organisation du travail, c'est la répartition des heures de travail en fonction du territoire, c'est l'organisation de séances de soutien aux intervenantes à domicile par le biais d'un pôle d'écoute, d'un cercle de qualité, d'un groupe de progrès quelle que soit la façon dont on l'appelle et la mise en œuvre d'une certaine démarche qualité parce qu'on s'aperçoit que dans de nombreuses associations encore les procédures ne sont pas écrites, les rapports ne sont pas formalisés, la coordination entre les différentes équipes de santé est faite grâce à la bonne volonté d'une intervenante à domicile et si la suivante n'est pas de bonne volonté on n'a plus de coordination de la prise en charge de la personne. On s'aperçoit qu'effectivement être compétent, être qualifié, être formé c'est bien, mais il y a un très gros travail encore à faire de structuration des associations. Eh bien là, franchement on a peiné en tant que cabinet coordonnateur de cette EDDF.
On avait deux autres missions en plus de celle de coordonner l'offre de formation pure et simple, c'était de sensibiliser les employeurs justement à faire du partage, du partage de savoirs, de l'intelligence collective on va dire. Eh bien là, on a eu des « quasi-échecs » parce que les réussites ne sont pas réparties uniformément sur tousles secteurs géographiques… il y a des bonnes collaborations entre les associations mais elles se vivent néanmoins comme des concurrentes et partager leur mode d'organisation, partager leur compétence de management, ce n'est pas du tout, encore facile pour elles. Négocier ensemble pour faire valoir les intérêts de la branche professionnelle, eh bien là encore c'est relativement difficile.
Le troisième volet de notre mission c'était de faire travailler ensemble les organisations syndicales et là encore ça a été difficile. Dans de nombreuses commissions techniques régionales d'attribution des aides, (c'est l'instance qui régulièrement dit voilà combien on a dépensé, voilà combien on va dépenser et voilà ce qu'on va faire), eh bien très souvent les représentants des confédérations syndicales étaient issus du bâtiment, enfin de toute façon d'un secteur qui n'était pas celui de l'aide à domicile
Donc c'est vrai que pour mettre au travail les employeurs, les salariés et les instances représentatives des personnels, eh bien il reste énormément de travail à faire.
Bruno Berenguel.
Merci. D'autant plus de travail à faire qu'il n'y a finalement qu'une partie de l'emploi dans les services d'aide à domicile à être concernée, tout le reste de la qualité des services via l'emploi direct n'étant pas tellement prise en charge.
Voilà cet état des lieux présenté. Les efforts qui ont été faits en matière de formation sur ces dernières années en région, qu'est-ce que ça appelle de votre part en termes de questions, de commentaires, de complément ?
Jean Maillet, chef du service mutations économiques, DRTEFP
Je voudrais ouvrir le débat et ne pas occulter une dimension qui est intéressante, parce qu'on a la chance d'avoir à la tribune, outre les territoires que l'on ne remercie jamais assez, les deux cabinets de consultants qui suivent ces secteurs depuis plusieurs années et qui suivent aussi, c'est le cas pour Isabelle Sorel, le contrat d'étude prospective pour UNIFAF sur le sanitaire et social non lucratif. La formation, notamment au travers de l'EDDF, a permis de « produire » un certain nombre de gens surqualifiés aujourd'hui par rapport aux attentes d'un certain nombre d'associations de services à la personne. Lesecteur sanitaire et social, qui comporte le non lucratif mais aussi je vous le rappelle, le secteur public avec l'ANFH comme OPCA et le secteur privé avec FORMAHP comme OPCA, ce secteur, qui est un des principaux secteurs d'activité de la région, connaît un vieillissement, je ne sais pas s'il est accéléré mais en tout cas important, qui va dégager dans les années à venir des besoins de compétences. Une des questions que l'on se pose sans y avoir vraiment aujourd'hui répondu, c'est celle de la promotion sociale, de l'ascenseur social, des parcours professionnels. La question aujourd'hui, peut-être Isabelle pourra-t-elle apporter quelques éléments de réponse, est de savoir si des personnes en emplois plus ou moins précaires pourraient, avec un DEAVS et en profitant des renouvellements de personnels, basculer, dans un certain nombre d'établissements sanitaires et sociaux, du secteur d'activité de l'aide à domicile, des services à la personne en général, vers le secteur plus classique du sanitaire et du social des établissements des maisons de retraite.
Bref, y a-t-il des possibilités de passer de l'un à l'autre, y a-t-il un ascenseur social possible avec ses fluidités ?
Isabelle Sorel
Je veux bien donner quelques éléments, mais qui ne sont que des éléments que je livre à votre réflexion
En fait, j'ai repris hier soir, un peu à la volée, le CEP (Contrat d'Etude Prospective) queSISIFE a mené pour le compte d'UNIFAF en région. Vous savez que le CEP national date de l'an 2000-2002, avec des éléments de l'an 2000, donc c'était un petit peu ancien et puis surtout on n'avait pas d'applications sur les territoires. Je suis allée donc reprendre les résultats du CEP régional non pas en terme de chiffres là encore mais en terme d'éléments apportés, pour essayer de voir si justement il y avait des pistes de passage entre l'aide à domicile et le secteur du sanitaire et du médico-social.
Avec un préalable que je poserai très fort : il ne faudrait pas qu'on imagine de dévaloriserle secteur de l'aide à domicile en disant, « vous n'êtes pas bien dans l'aide à domicile, si vous passiez dans le médico-social ou dans le sanitaire, vous seriez bien mieux ». Ce qui est quasiment vrai effectivement, on est certainement mieux avec un emploi pérenne, avec des conditions de travail sécurisées, que dans l'aide à domicile.
Mais je ne voudrais pas donner l'impression et je ne voudrais pas non plus qu'il soit donné l'impression qu'on dévalorise encore plus cette aide à domicile au regard unique des conditions d'exercice alors même que quand on interroge les intervenantes à domicile, elles ont une façon de parler de leur travail qui est tout à fait positive et puis qui est surtout pleine d'espoir et de satisfaction, voilà, donc il ne faudrait pas énoncer les choses comme ça. Néanmoins, on peut trouver des atouts et des freins dans ces passages d'une filière à une autre. Un des atouts que l'on peut évoquer c'est que le secteur du sanitaire et du médico-social recrute principalement sur diplôme, mais néanmoins avec un très fort regard, une très forte considération sur les compétences et sur les aptitudes de la personne, la souplesse de la personne, sa capacité d'adaptation aux différentes situations de service. Et là, ça me semble être un des atouts des intervenantes à domicile et des responsables de secteur puisqu'elles sont, plus que quiconque, adaptables, souples, et effectivement elles ont des compétences.
Donc, on peut imaginer qu'en allégeant un petit peu les modalités de recrutement du sanitaire et surtout du médico-social, on puisse là, utiliser les compétences des intervenantes à domicile.
J'ai repéré aussi un autre avantage. Il est pointé du doigt des deux côtés, tant dans l'aide à domicile que du côté médico-social et sanitaire, la notion d'usure professionnelle principalement auprès des publics handicapés ou des publics vieillissants avec ce qu'on appelle des comportements déviants. Là encore pourquoi ne pas essayer de minimiser ces usures professionnelles en créant des passerelles non pas forcément pour mettre en marche l'ascenseur social, mais simplement pour produire le moins de souffrance possible entre « eh bien quand je commence à craquer auprès d'un type de public, je peux passer auprès d'un autre type de public en utilisant bien entendu mes compétences. ». çanous ramène à l'adaptation à l'emploi, à la formation, au contrat de professionnalisation, aux contrats de qualification même si la loi a changé… ça nous ramène effectivement à la formation mais plus dans une optique de l'adaptation à l'emploi que sur la notion des compétences.
Comme avantage aussi, je pense que l'on peut revenir au territoire. Sur un même territoire, on s'aperçoit qu'on est très souvent bloqué quand on est dans une association. Eh si l'on veut évoluer au sein de la profession, on a de faibles moyens, puisqu'il n'y a qu'une association sur son territoire, ou éventuellement il y en a deux… imaginez que l'on ne s'entende pas avec sa chef de service par exemple, eh bien là encore s'il existe des structures du médico-social je pense que c'est un atout de pouvoir faire des tentatives, encore faut-il que ces tentatives soient organisées au niveau territorial et structurées politiquement.
Bruno Berenguel
Peut-être pourriez-vous vous exprimer sur les difficultés de ces passerelles, avant que la parole soit donnée à la salle.
Isabelle Sorel
Sur les freins, c'est principalement sur le domaine du sanitaire, où l'emploi est quand même très structuré par le diplôme. Donc, on partirait plus sur du médico-social que sur du sanitaire s'il fallait trouver des passerelles. Enfin, c'est mon sentiment mais là encore on peut en discuter. Le frein est le même sur le plan du territoire, c'est la contrepartie de l'avantage, c'est-à-dire que moins on a d'offres et moins on peut être mobile. Et il y a d'autres freins encore… les principaux : la difficulté des départs en formation que ce soit sur les métiers en tension du médico-social et du sanitaire, que ce soit sur les intervenantes à domicile, la disparité de l'offre de formation mais il y en a d'autres encore…
Jean-Louis Mante, directeur régional délégué à la direction régionale du travail, de l'emploi et de la formation professionnelle
Peut-être un lien entre les deux tables rondes qui me paraît important… je me suis tout à fait reconnu, je vous remercie dans l'étude d'AMEDIS… où l'on voit bien que, finalement ce n'est même plus l'offre mais c'est la réalité qui nous remet en perspective les différentes catégories d'intervention, les différentes typologiques et les publics ou les modalités concernées. Ce que vous avez dit, et qui m'a paru important, c'est que l'offre de formation, c'était aussi le problème de la compétence. Vous avez aussi dit Madame, pour ce qui vous concerne, que la formation ne résolvait pas tout. Or, si l'on rembobine et qu'on revient à la première table ronde, on parle d'offre, on parle d'offre de formation… Je suis désolé, sur la demande, on est passé un peu vite et notamment, sur la difficulté de mieux connaître cette demande et d'y répondre.
Christiane Nicolas-Szklarek a évoqué un autre point qui me parait important, c'est le problème de la solvabilité - on ne peut pas offrir un service si ce service ne peut pas être rémunéré par la personne à qui il s'adresse-et des exonérations diverses qui s'y rattachent. Il est bien évident qu'une personne qui ne paye pas d'impôts ne sera pas intéressée par une exonération fiscale. Donc, la question qui a été posée, et à laquelle on n'a pas répondu, ce sont tous ces services aux particuliers, avec tout ce qui va tourner autour de la coiffure, de l'esthétique on va dire, qui essayent de se développer dans certains territoires ruraux, avec les difficultés qui sont aussi liées à la pleine activité de l'entreprise. On peut être coiffeur, coiffer à domicile et avoir aussi un salon. Ca pose des difficultés d'ordre juridique qui ne sont pas levées. Et puis, il y a aussi les petits boulots qui ne sont pas forcément des petits boulots à la maison. On commence par faire changer une ampoule, ensuite on va parler de repeindre des volets mais c'est aussi faire une clôture, entretenir un espace vert ou refaire la toiture. Et là, je rejoins le volet du travail non déclaré.
Il y a sans doute là des gisements de demandes de la part de particuliers qu'il est difficile au territoire de pouvoir quantifier, comme il est délicat de faire des sommations et ensuite de proposer un service qui ne sera pas forcément utilisé par les particuliers. Je pense qu'il y aurait là sans doute matière à avancer dans cette problématique. Autant on est bon sur la partie suivante, celle de l'offre, où l'on commence à être bon par la connaissance que l'on en a, autant sur la partie amont, celle de la demande, il me semble qu'on est très peu proactif.
Bruno Berenguel
Je vous propose de prendre les questions et peut-être on se répartira les réponses à mesure. Emmanuelle Benson, une question.
Emmanuelle Benson
On a déjà, dans certains milieux ruraux, de la difficulté à couvrir la demande que l'on a identifiée et qui existe. Ensuite, il faut peut-être effectivement aller au-delà mais ma question, vous ne l'avez pas évoqué dans vos interventions, et peut-être qu'il y a déjà eu un travail là-dessus, concerne le turn-over des emplois dans ce domaine là. Est-ce qu'il y a des chiffres par rapport à ça, est-ce qu'il y a eu un travail, puisqu'on parlait des passerelles, de suivi des parcours des personnes qui entrent en emploi à domicile ? Sait-on comment elles évoluent dans leur carrière professionnelle ? Est-ce qu'il y a des éléments là-dessus ?
Bruno Berenguel
On va prendre la question de Guy Beauthauville également et après je vous laisse répondre, Jean-Noël et Isabelle.
Guy Beauthauville, du Pôle Emploi Service Hérault.
Je voulais d'abord rebondir sur ce que disait Isabelle Sorel, concernant le fait de passer de l'aide à domicile au médico-social. Elle disait qu'effectivement il ne fallait pas dévaloriser les métiers de l'aide à domicile en disant en même temps qu'on est mieux avec un emploi pérenne dans le médico-social et je crois qu'il y a aussi, et de plus en plus, des emplois pérennes dans l'aide à domicile. On signe actuellement en moyenne actuelle 70% de contrats à durée indéterminée, alors qu'on en était à 35% dans le début de l'année 2000, ce qui marque une nette évolution. Il y a un accord de branche qui encadre tout ça, il y a une convention, des conventions collectives, etc… donc je crois qu'il y a vraiment moyen de trouver un emploi pérenne dans ce secteur et que, pour certaines personnes, ce peut être une évolution professionnelle que d'aller vers le médico-social et, pour d'autres, il y a un véritable accomplissement professionnel de travailler à domicile. Nous, nous entendons, au Pôle Emploi Service, des personnes qui nous disent qu'on a un contact différent quand on travaille à domicile du contact que l'on a lorsqu'on est dans une structure collective, et qui en sont satisfaites. Et je crois que ça aussi c'est important, ça fait partie de la réalité du métier.
Je voulais également intervenir sur ce que disait Monsieur Mante concernant la demande de service. Je crois que si l'on veut vraiment mesurer, sur des territoires, quels sont les enjeux de développement de l'emploi, les enjeux de professionnalisation, on ne peut pas faire l'économie de connaître l'évolution de la demande de services, de savoir comment d'un besoin on peut passer à une demande et ça veut dire effectivement travailler sur les freins. Les freins, tels qu'on les a repérés jusqu'à aujourd'hui, c'est la solvabilité, c'est la connaissance de l'offre de service, c'est-à-dire savoir que les services existent, et c'est la nécessité d'un minimum de garantie et de confiance pour que le particulier accepte de recevoir chez lui, dans son domicile personnel, des intervenants à domicile. Si l'on arrive à répondre à ces freins, je pense que l'on pourrait développer la demande.
A partir du moment où l'on aura repéré la demande sur un territoire, on pourra mettre en place des actions de professionnalisation et des actions de développement de l'emploi.
On démarre justement, en partenariat avec la Maison de l'Emploi du Pays Cœur d'Hérault, une étude sur cette évolution de la demande de services par rapport à l'immigration de populations, par rapport aux spécificités des territoires, notamment par les bassins de vie.
Troisième point, concernant la problématique majeure dans ce secteur, ce que relèvent les professionnels, les organismes de service aux personnes, c'est la difficulté de trouver du personnel correspondant à leurs besoins, alors que, d'un autre côté, on a un nombre très important de demandeurs d'emplois. Comment faire, comment joindre les deux ? Je crois, je l'ai vu d'ailleurs dans le document qui a été remis, qu'une convention a été signée entre l'Anpe et l'Agence Nationale des Services à la Personne pour utiliser les outils de l'Anpe sur la mise en place de méthodes de recrutement, par simulation notamment. Je crois qu'il y a véritablement besoin de créer les liens nécessaires au repérage des compétences des personnes qui recherchent un emploi et des compétences attendues par les employeurs. Après, il faut agir au niveau des territoires. On a entendu parler de points relais, nous sommes très favorables à la mise en place de relais locaux pour coordonner tout ça, pour appuyer les politiques territoriales, ce qui veut dire qu'il faut aussi que les territoires s'investissent et que les partenaires institutionnels s'investissent. C'est le cas sur Béziers où l'agglo s'est investie financièrement, ainsi que le Conseil Général de l'Héraut, pour qu'on ait un relais local sur ce territoire et développer les actions locales.
Bruno Berenguel
Merci beaucoup. Il y a une demande d'intervention, je ne sais pas si c'est dans la veine des questions qui viennent d'être soulevées autour de la demande de formation, de la solvabilité, de l'émergence de nouveaux emplois sur des activités un peu moins traditionnelles de l'aide à domicile, des conditions d'emploi et de turn-over ? Est-ce que vous êtes dans cette idée là ou sur autre chose ?
Odile Aigon
Je veux juste faire un commentaire, concernant les chiffres qui ont été donnés sur le DEAVS. Je sais bien qu'il y a eu un énorme effort en formation à l'occasion de cet EDDF dont vous nous avez parlé les uns et les autres. Cependant, il ne faut pas oublier l'état actuel de formation des employés de l'aide à domicile, dont 80% n'ont aucune qualification, et donc ne pas partir sur l'idée que ça y est, ceux-là sont bien formés et on va donc parler de ceux qui sont sur les autres activités de l'aide à domicile. Je crois qu'il faut faire très attention. Les chiffres, je les ai sous les yeux. Seules 157 personnes ont obtenu le DEAVS dans l'année 2001 et l'effort est gigantesque puisqu'en 2005, 357 ont obtenu ce diplôme grâce à l'EDDF notamment, dont 233 par la VAE. Si on met ces chiffres en face des 80% qui n'ont pas de qualification dans le secteur et des 60.000 personnes concernées par cette activité, il faut quand même modérer la remarque qui consiste à dire qu'il y a énormément de gens formés dans le secteur de l'aide à domicile…
Par ailleurs, sur les passerelles, sur la possibilité d'aller sur un autre secteur d'activité, je trouve un peu dommage de ne pas penser d'abord à fidéliser les gens sur ce secteur là, et à savoir comment rendre ces emplois solvables. Si l'on pense à des passerelles vers d'autres métiers, il me semble que des allègements de formation se mettent en place dès cette année, avec de la validation des acquis et le diplôme de DEAVS sur les formations d'aide soignante entre autre, donc il y a bien un passage vers du médical.
Bruno Berenguel
Je préfère laisser répondre Jean-Noël Baillon sur la question de la demande de formation, de la solvabilisation de l'offre et sur les conditions d'emploi, le turn-over et la connaissance des parcours des salariés. Est-ce qu'on a avancé là-dessus ?
Jean-Noël Baillon
Alors, je commence par la fin. Sur la connaissance des parcours des salariés, il y a pour l'instant, peu de choses vraiment approfondies sur le sujet, mais le ministère, enfin le service de l'Etat en charge des droits des femmes vient de lancer une étude justement à partir d'une enquête approfondie auprès des salariés : le sujet de l'étude c'est le parcours promotionnel des femmes à travers les métiers de l'aide à domicile. Donc, dans un an à peu près on aura quelque chose d'assez approfondi sur cet aspect des choses. Pour l'instant, moi je n'ai pas trouvé d'études déjà vraiment pertinentes sur le sujet. Par contre, il y a les éléments qu'on a, et que les organismes de formation ont aussi à travers les personnes rencontrées dans les cursus de formation mais cela n'est pas exploité en tant que connaissance structurée.
Sur la question du turn-over. En tout cas, c'est sûr que c'est un secteur où il y a un turn-over important. Dans notre travail, on a fait une enquête auprès des associations et des entreprises du secteur public intervenant dans la région et en 2005. Sur un total d'environ 15000 salariés, il y a eu 2318 départs définitifs et 2819 de nouveaux intervenants au cours de l'année, donc ça veut dire qu'il y a vraiment un turn-over de l'ordre de 15% par an, ce qui est quand même assez important. Cela s'explique par notamment l'organisation du travail, les conditions de travail dans le secteur. Le fait aussi que ces métiers ne sont pas toujours suffisamment cernés, connus et que quand on y va, en pensant qu'on va faire le ménage comme on le fait chez soi, on découvre autre chose quand on exerce ce métier.
Tout ça ce sont des éléments qui pèsent effectivement sur le turn-over mais il y a aussi fondamentalement d'abord la qualité des emplois proposés dans le secteur : je crois qu'il faut insister sur l'obligation fondamentale de travailler sur la qualité des emplois dans le secteur de l'aide à domicile. Mais qualité des emplois cela veut dire qualité du service, cela veut dire la qualité de la formation des personnes qui sont dedans. Mais cela veut dire aussi la qualité de l'organisation même du travail, de la nature même des emplois.
Il y a eu des progrès effectivement à travers la mise en place de l'accord de branches. Il y a une majorité aujourd'hui quand même de contrats à durée indéterminée.
Alors, la question du temps partiel, elle est un peu faussée quand on regarde les choses globalement par le fait que c'est souvent à temps très partiel qu'on rentre dans l'emploi. Mais les gens qui sont dans l'emploi depuis un certain nombre d'années sont pour la plupart sur des volumes horaires correspondant globalement à ce qu'ils souhaitent avoir comme engagement dans le travail.
Il ne faut pas oublier quand même aussi que c'est un travail qui s'exerce tout au long de la semaine et qu'il y aussi a des besoins d'aide à domicile le week-end, enfin il y a d'autres contraintes comme celle-là qui vont aussi conditionner le fait que les gens qui travaillent dans le secteur n'ont pas forcément tous envie d'avoir un emploi à temps plein. Par contre, au niveau de l'organisation territoriale des choses, c'est plus dans la réflexion sur les complémentarités d'emploi qu'il y a peut-être des choses intéressantes à construire.
Le secteur de l'aide à domicile est un secteur où il y a énormément de multi-activités, soit des gens qui travaillent sur ce métier et en même temps sur un autre ailleurs, soit des gens qui travaillent dans ce métier pour plusieurs employeurs. Et donc, il faut bien s'appuyer aussi sur cet aspect là des choses pour éventuellement trouver des complémentarités. Alors, je signale deux pistes qui sont travaillées actuellement à ce propos. Il y a d'une part la création de groupements d'employeurs, on l'a un peu évoqué, il y a une expérience en cours. Dans le Vaucluse, il y a un groupement d'employeurs pour l'aide à domicile, un autre pour les maisons de retraite et ils sont en train de travailler sur la façon de travailler ensemble pour effectivement mutualiser de l'activité dans les deux secteurs.
Une autre voie, c'est quand même aussi que l'aide à domicile c'est utile quel que soit le domicile des personnes ; et une personne accueillie, hébergée, domiciliée en maison de retraite, une partie des services dont elle peut avoir besoin peut être aussi apporté par des organismes prestataires de service à domicile qui vont lui apporter là le service dont elle a besoin, en complémentarité avec ceux apportés par la maison de retraite. Voilà deux voies.
Bruno Berenguel
Alors, rapidement sur les deux autres questions : la demande de formation des salariés, il n'y a pas une génération spontanée, qu'est-ce qu'il en est ? Et sur la solvabilisation de l'offre, pour répondre à Jean-Louis Mante et ne pas oublier la remarque sur les demandeurs d'emploi…
Jean-Noël Baillon
Sur la demande de formation. Je crois que ça a été bien dit à travers les témoignages qui nous ont été rapportés, la demande de formation des salariés en poste, en activité, va être pour pouvoir mieux faire face aux difficultés rencontrées par rapport à certaines problématiques rencontrées et notamment sur le plan de la gestion de la relation avec des personnes qui sont parfois en grandes difficultés elles-mêmes, auprès de qui on va être amené à intervenir. Il y a aussi des aspects de formation de gestes techniques autour de ça. La demande vis-à-vis de la qualification va plus passer par des demandes d'accompagnement dans les démarches de validation des acquis de l'expérience plutôt que d'aller vers de la formation continue diplômante, en voie direct. Et avec quand même aussi une réelle difficulté pour un certain nombre des personnels travaillant dans ce secteur. On a souligné le fait que ce ne sont pas toujours des tous jeunes… et que retourner en formation, aller vers la qualification, préparer un diplôme quand on a 50 ans, ce n'est pas tout le monde qui s'y colle. Ca fait partie aussi des réalités.
Après les choses sont un peu différentes selon les secteurs et quand on regarde le secteur public et le secteur associatif, les possibilités de reconnaissance de la qualification et de l'accès au diplôme etc…, sont pour l'instant quand même assez réduites dans le statut de la fonction publique territoriale, ce qui fait que la demande y est un peu différente. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de demande de formation dans ce secteur là, mais les contenus ne sont pas tout à fait les mêmes. Alors sur la formation pour les demandeurs d'emploi, je crois que là, vraiment par rapport à ce qu'attendent les employeurs quand ils embauchent, ils attendent surtout des gens qui soient consolidés sur la maîtrise des pré-requis de base, de positionnement relationnel, dans l'accès à l'emploi. Maintenant, ça ne veut pas dire effectivement qu'il ne faut pas aussi penser aussi à la qualification y compris vers le DEAVS, le titre assistant de vie, ou d'autres diplômes puisqu'il y en a quand même toute une palette qui sont adaptés aux emplois du secteur. Mais avec comme difficulté fondamentale que quelqu'un qui est qualifié, qui est possesseur du diplôme, quand il va être recruté, comme c'est souvent au départ sur des emplois à temps partiel qu'on est recruté en première approche. Cela n'est pas, en général, en adéquation avec l'attente que l'on a : « j'ai fait l'effort de me qualifier, je veux un diplôme qui me permet de gagner ma vie à temps plein, et on ne me propose que 10 heures par semaine », il y a vraiment là une difficulté importante.
Sur la solvabilisation. Je crois que ce qu'on ne sait pas encore bien, (on en est au tout début), quels seront réellement les effets du CESU et des différentes modalités de préfinancement du CESU pour rendre efficace son utilisation pour assurer la solvabilisation. Ceci dit, quand même, l'analyse des données fiscales sur les chiffres des exonérations demandées pour l'emploi d'un salarié à domicile dans notre région, montre que même si je disais tout à l'heure que le nombre d'heures par habitant est au-dessus de la moyenne nationale, pour les heures déclarées ouvrant droit à déduction fiscale, on est là en dessous de la moyenne nationale et même en dessous de la moyenne provinciale (la région parisienne est la plus avancée pour la proportion des exonérations fiscales). Donc, il y a quand même une marge de progression y compris pour ceux qui payent des impôts.
Bruno Berenguel
Effectivement, c'est peut-être parce qu'il y a moins de ménages qui payent des impôts qu'on est en dessous des moyennes aussi ?
Jean-Noël Baillon
Ce n'est pas que ça mais ce qui fait la différence c'est que dans notre région, ce qui a beaucoup avancé c'est tout ce qui a structuré les services d'aide à domicile dans les domaines où interviennent des aides publiques par le biais de l'APA ou par les caisses de retraite ou autres, et donc ça n'ouvre pas droit à déduction… : la partie aidée des dépense pour de l'aide à domicile n'ouvre pas droit à déduction fiscale.
Bruno Berenguel
Deux questions dans la salle… on les prend en même temps et on voit comment on peut y répondre, l'idée étant de faire relativement vite puisqu'on a dix minutes, un quart d'heure de synthèse… merci d'être concis dans les questions.
Anne Chrétien-Nourry, CFPPA Causse et Cévennes en Lozère
Justement, je voudrais apporter un témoignage sur l'adéquation entre employabilité et qualification puisque nous, dans un établissement de formation professionnelle et de promotion agricole, nous proposons des formations qui s'adressent la plupart du temps à des agriculteurs ou à des néo ruraux, en tout cas des gens qui vivent en milieu rural, et nous avons à la demande du public, et en réaction aussi à une enquête menée sur le territoire, ouvert une session de formation aux services en milieu rural sous la forme d'un CAPA, c'est-à-dire CAP Agricole de service en milieu rural.
Et je voudrais apporter ce témoignage parce qu'il s'agit d'une formation parallèle, en tout cas ressemblante au DEAVS, puisqu'elle se dispense dans les mêmes temps, c'est-à-dire sur un volume horaire de 800 heures sur huit mois avec une alternance de formation en entreprise et une alternance en centre de formation, comme le DEAVS d'ailleurs. Il se trouve que nous avons vraiment un besoin, c'est une des demandes au niveau du territoire, de femmes qui veulent travailler à proximité de chez elles, pour un temps partiel et qui aussi doivent vraiment faire un gros effort de formation en consacrant huit mois à la formation professionnelle. Tout le problème est là. On a affaire à des gens qui sont adultes, qui ont déjà eu des parcours professionnels, et qui veulent se former pour travailler à proximité, dans le cadre de ce qu'on appelle nous en milieu rural la pluriactivité. Puisque l'agriculture n'est pas rentable, que les services ne sont pas rentables, en faisant un peu de tout on arrive à trouver son compte et à conforter sa présence sur le territoire.
Donc, ce que je voulais vous dire c'est que ces formations nécessitent un gros effort puisqu'on demande, dans un DEAVS comme dans un CAPA, d'aborder d'abord les matières générales, français, maths, le monde actuel mas aussi l'hygiène, l'alimentation, la biologie, l'ergonomie…et il y a beaucoup d'immersion professionnelle.
Dans ces deux parcours de formation ne sont pas traités les aspects psychologiques dont vous avez parlé au niveau du métier. Donc la première des choses, au niveau de la formation professionnelle, serait d'intégrer ces aspects là et de travailler sur ce qu'on appelle le développement personnel, pour que des gens qui ont eu d'autres expériences professionnelles puissent entrer chez des personnes et avoir la bonne attitude et le bon comportement.Et là je me tourne vers la Région pour adresser cette demande de besoin de formation pour ces adultes et pour ces femmes, qui la plupart du temps ont déjà mené une vie, une carrière professionnelle et qui cherchent à travailler à proximité de chez elles, auxquelles il faudrait pouvoir proposer une formation qui leur soit adaptée, c'est-à-dire qui tienne compte de leurs expériences, en utilisant la VAE, qui soit un peu à la carte, voire un peu expérimentale, en tout cas qui tienne compte des expériences des uns et des autres.
Pour l'instant, la seule réponse qu'on ait pu trouver c'est d'offrir un CAP, un CAPA mais le CAP c'est encore un effort de formation un peu trop lourd pour quelqu'un qui a déjà de l'expérience.
Henri Chappert, directeur du CFPPA de Rivesaltes
J'avais une remarque qui allait un peu dans le sens de ce qui vient d'être dit par rapport à la diversité des formations, donc je rebondis sur ce qu'a dit Monsieur puisqu'on a beaucoup parlé du DEAVS. Je voulais signaler qu'il existe d'autres diplômes, et en particulier par rapport à la réponse territoire, avec les diplômes CAP Service en milieu rural et BEP Service aux personnes, délivrés par le ministère de l'agriculture, qui reposent sur un maillage des territoires, grâce à la présence d'établissements relevant du ministère de l'agriculture un petit peu partout dans notre région, notamment en milieu rural. Ces sont des établissements qui ont l'habitude de se déplacer pour aller réaliser les formations au plus près des demandes, puisque face à des publics d'agriculteurs, on a l'habitude d'aller auprès d'eux dans les territoires ruraux pour les former en fonction des différentes productions. On a un peu tendance à oublier ces structures là, qui sont quand même présentes dans le domaine des services depuis à peu près un siècle, puisque beaucoup de ces établissements sont issus des écoles ménagères, elles-mêmes mises en place au début du 20e siècle, ça commence à faire loin maintenant. Ces établissements forment aujourd'hui environ 2500 jeunes en formation initiale scolaire dans la filière services, plus des apprentis, plus des adultes, entre autres dans le cadre du Programme Régional Qualifiant, financé par le Conseil Régional.
La prise en compte de cette diversité des formations devrait permettre de mieux répondre à la diversité des publics et à la diversité des demandes. Je trouve que l'on a un peu tort de se centrer beaucoup sur le DEAVS et d'oublier qu'il y a d'autres actions, le CAP services en milieu rural en est un exemple. Les services prévus sont au pluriel et pas uniquement centrés sur le service à la personne.
Ouarda Bengaraa, Conseillère à la mission locale des jeunes de l'agglomération de Montpellier.
Je suis en charge de sensibiliser des jeunes sur ces nouveaux métiers d'aide à domicile. Je voulais donc vous demander quelle est la place des jeunes dans ces métiers aujourd'hui, sachant qu'on dit que c'est un secteur qui est en train de se développer, et que la majorité du personnel actuel est d'un certain âge. Comment amener ces jeunes vers ces métiers quand on voit que, sur le nombre de personnes positionnées sur les formations au DEAVS ou au métier d'assistante de vie, il y a très peu de places pour des jeunes ?
David Albendea, ProGet 13, promotion des groupements d'employeurs dans les Bouches-du-Rhône
Je voulais vous faire part des expériences dans les Bouches du Rhône et dans le Vaucluse. On a créé sur les Bouches-du-Rhône, il y a maintenant trois ans, un groupement d'employeurs d'assistance à domicile, qui ne se partagent pas les aides à domicile, comme évoqué tout à l'heure, mais qui se partagent des postes d'encadrement notamment pour faire face à leur problématique d'encadrement et de soutien aux salariés avec en particulier le partage de deux psychologues maintenant et d'un qualiticien à l'avenir, d'autres postes comme ceux d'ergothérapeutes devant voir le jour. Et, pour rapprocher l'offre d'emploi et la demande d'emploi, on est en train de déposer les statuts d'un groupement d'employeurs pour l'insertion et la qualification dans l'aide à domicile, qui veut utiliser le contrat d'avenir pour former les demandeurs d'emploi sur les titres Auxiliaires de vie en particulier, en tout cas au démarrage.
Bruno Berenguel
Merci. Donc, sur la question de la place des jeunes sur le secteur, qui peut répondre ?
Jean-Noël Baillon
Dans le secteur de l'aide à domicile, actuellement, la moyenne d'âge est de 42 ans et la grande majorité des intervenants ont entre 37 et 47 ans mais les plus de 55 ans constituent 10% du total et les moins de 30 ans ne représentent que 8% de l'ensemble des salariés. Donc, effectivement, pour l'instant, il y a une minorité de jeunes dans les métiers de l'aide à domicile. Je n'ai pas plus de commentaires à faire sur cette répartition, si ce n'est que les hommes ne représentent que 1% des emplois du secteur.
Par rapport à la question des diplômes, on a effectivement beaucoup parlé du DEAVS, carle passage du CAFAD au DEAVS a été un moment important dans l'histoire des qualifications dans le secteur. Et par rapport au volet social de l'activité, autour de l'intervention auprès des personnes dépendantes et des personnes âgées, il y a vraiment une forte pression qui oriente plus vers ce diplôme là. Ceci dit, et vous le verrez quand vous pourrez lire notre étude, on fait le panel de l'ensemble des diplômes existant dans le secteur avec effectivement, dans la région, à peu près 1700 personnes sont formées au diplôme du ministère de l'agriculture dans le secteur de l'aide à domicile.
Mais pour l'instant, parmi les salariés, ça reste quand même une minorité d'emplois dans le secteur que vous avez soulignée. Un des diplômes, le CAPA Service de Proximité, est plus large que les services à domicile, donc il faut relativiser l'adaptation.
Chantal Auvray, Conseillère formation continue à la DAFCO, Rectorat
Je voulais tout simplement compléter les interventions par rapport aux jeunes. En ce qui concerne la formation initiale, la mention complémentaire au BEP Sanitaire et Social fonctionne dans notre région, actuellement sur Saint Pons de Thomières mais avec un transfert prochain sur Béziers, et sans doute une ouverture également du côté de Nîmes.
C'est vrai qu'on a une difficulté à mobiliser les jeunes sur ce métier. Je crois qu'il y a un problème de maturité. Donc, on a beaucoup de difficultés. En formation continue, la mention complémentaire Aide à Domicile fonctionne également dans plusieurs GRETA il y a donc aussi une possibilité grâce à cette mention complémentaire qui est parfaitement équivalente au DEAVS, et permet effectivement la professionnalisation sur ce type de métiers. Mais en ce qui concerne les jeunes, je crois que c'est les conditions et l'organisation du travail qui font qu'effectivement, il est difficile de mobiliser et motiver les jeunes sur ces métiers.
Bruno Berenguel
Merci. Je passe la parole à Stéphane Michun du CEREQ.
Stéphane Michun
Les précédentes interventions illustrent assez bien les débats récurrents, notamment au niveau européen, sur les gisements d'emplois. On retrouve en effet avec les services à la personne les principales caractéristiques de ces fameux gisements, à commencer par la difficulté que l'on a à définir précisément le périmètre des activités concernées et les demandes auxquelles ces dernières sont censées répondre. Autre caractéristique : ces emplois sont généralement confiés à des personnes faiblement diplômées, souvent des femmes, cherchant au moins dans un premier temps un simple complément de revenu et acceptant de ce fait de travailler à temps partiel. J'ai également noté l'importance du travail non déclaré, même si vraisemblablement les dispositifs de solvabilisation de la demande mis en place au niveau national ont probablement eu un effet positif en ce domaine. Remarquons enfin qu'on est là sur des activités à faible productivité, donc génératrices de nombreux emplois… relativement peu rémunérateurs.
Plusieurs intervenants ont en outre pointé la nécessité et l'urgence de mieux cerner les besoins au niveau des territoires (les Pays, les bassins de vie, etc.). Mais personne ne l'a noté dans l'assistance, le besoin en tant que tel ça n'a pas beaucoup de significations. Tout le problème est en effet d'opérer le basculement des besoins aux demandes, ce qui passe évidemment par un repérage des freins. Compte tenu de l'effort réalisé en France en matière de solvabilisation de la demande, les freins principaux sont probablement à rechercher ailleurs que dans le prix des prestations proposées. C'est plutôt à la relation interindividuelle qui doit se nouer entre le prestataire et le bénéficiaire qu'il convient de s'intéresser. Certes, dans le meilleur des cas, l'offre crée la demande, les expériences réussies, le bouche à oreille contribuent à développer ce type de services mais, en sens inverse, les expériences malheureuses pénalisent fortement le développement de ces activités. Bref, la mauvaise qualité chasse la bonne. A cela s'ajoute les spécificités rurales sur lesquelles les intervenants ont longuement insisté : la faible densité de la population et la nécessité de multiplier les déplacements notamment. Il y a là une contrainte forte qui doit amener les acteurs locaux à ne pas se cantonner à une simple logique d'adaptation des dispositifs et pratiques élaborés en milieu urbain. C'est bien souvent une logique d'innovation qu'il faut impulser.
Enfin, la professionnalisation des services à la personne s'impose aussi pour une raison que vous n'avez pas abordée, à savoir un éventuel problème d'éviction. Si, ces activités sont intéressantes notamment en milieu rural, c'est d'abord parce qu'elles permettent de redonner sens au vieux slogan « vivre et travailler au pays ». Reste que si l'on ne professionnalise pas ces activités, si l'on ne tend pas vers l'emploi normé (à temps plein, avec possibilité de carrière, etc.) dans ces activités, alors on risque de voir nombre de territoires ruraux se résigner à une pure économie résidentielle. Un très grand nombre d'individus interviendront de façon plus ou moins intermittente dans ces activités, n'y trouveront pas toujours leur compte (en termes de rémunération et de conditions de travail) et feront défaut pour le développement d'autres secteurs plus fortement créateurs de richesses. Il faut donc professionnaliser ce secteur des services à la personne pour permettre aussi à d'autres secteurs d'avoir un espace de développement, y compris en milieu rural. Car, contrairement à l'idée assez répandue en France, l'emploi ne se partage pas : c'est l'emploi de qualité qui nourrit le développement d'autres emplois !